La table ronde du 6 mai sur la métropole

Le 6 mai dernier s’est tenue à la salle des Logissons, une table ronde sur la métropole. Rencontre riche et dense qui a permis de mieux comprendre les enjeux du projet pour notre territoire. Nous en rendons compte un peu longuement.

Voici les principaux points abordés :

Une métropole pourquoi faire?

Gilles Pipien : Ingénieur général des ponts e chaussées, expert international, président de P’Aix21.
Au niveau international tout d’abord, les études de la banque mondiale ont montré que le développement économique et social se faisait suivant certains territoires qui ont les qualités suivantes :
– une certaine densité.
– des systèmes de communication performants.
– une gouvernance unique.
A l’inverse les territoires qui n’ont pas ces caractéristiques peinent à se développer (voir l’étude du CCI de Paris)

On constate également en France que les agglomérations qui ont réussi à mettre en place une structure métropolitaine (Lyon, Nantes, Nice, Lille) se développent davantage que les autres.

Écouter Gilles Pipien, durée 3′ 45"

Jean Luc Chauvin : Président de l’UPE13
Par rapport à l’aire lyonnaise, Marseille, a 122 000 emplois de retard (chiffres de l’INSEE) à cause des difficultés de déplacement. Autour de l’étang de Berre, 1 000 emplois sont vacants en permanence parce que les gens ne trouvent pas à se loger dans des conditions abordables. Les chefs d’entreprise essayent de sensibiliser les élus sur ces problèmes depuis 2008.
Nous organisons des concurrences entre territoires (électronique à Rousset et à Géménos) plutôt que de travailler ensemble.
Notre système d’organisation du territoire actuel est un frein au développement économique des entreprises, un frein au développement du territoire, et un frein au développement de l’emploi.
Ecouter J.L. Chauvin, durée 3′ 45 »

Robert Chardon : maire de Venelles
Personne n’est contre le concept de métropole et toutes les thématiques transverses. Nous avons envie de faire partie d’une aire métropolitaine qui soit à la taille des enjeux internationaux. Mais le projet est complexe, il faut réfléchir prendre son temps et savoir où l’on va.
Lorsque Venelles a intégré la CPA, nous avons perdu certaines compétences, mais aujourd’hui, nous sommes bien intégré dans le territoire. Nous avons également gardé une notion de proximité qui fonctionne bien au service des citoyens. C’est positif.

Ecouter R. Chardon, durée 4′ 30

A propos de Marseille

G.P.
Marseille est actuellement en plein renouveau, Le Marseille du XXIéme siècle est en train de naitre sous nos yeux, alors qu’Aix semble plutôt en déclin (perte de population, difficulté pour circuler, se loger, perte d’emplois etc).
La qualité de la vie se dégrade à Aix, pas de préservation de l’agriculture, pas de création d’espaces verts, pas de pistes cyclables, contrairement à d’autres métropoles (Nantes, Lyon).

Ecouter G. Pipien, durée 4′ 10

J.L. C.
Marseille est une ville qui fait peur. Les élus ont une responsabilité lourde car ils ont décidé de faire sortir les entreprises de la ville en considérant que la ville pouvait devenir une ville dortoir.
Marseille fait peur mais c’est grâce à elle que l’on pourra développer le territoire. Marseille est en train, seulement aujourd’hui, d’accéder à sa fonction de capitale régionale : Création d’Euromed, implantation de nouvelles structures commerciales 200 000 m2 de commerce vont y être livré d’ici la fin 2015.
Premier pôle universitaire de France en terme de nombre d’étudiants, 2éme pôle de recherche en France, pôle santé important, le port également est un avenir si on le regroupe sur une seule communauté.

Ecouter J.L. Chauvin, durée 4′ 40

R. C.
Bien sûr, il faut travailler avec Marseille, mais s’il s’agit de diluer les problèmes de Marseille sur le territoire pour qu’ils soient moins prégnants nous ne sommes pas d’accord. Les chiffres des finances de Marseille ne sont pas bons. Greffer ce territoire sur un corps malade qu’est Marseille, n’est pas une bonne idée.

Ecouter R. Chardon, durée 2′ 10

Le projet gouvernemental dans les grandes lignes

G. P.
Dans les autres villes, se sont les élus qui demandent à aller plus loin et qui réclament la création d’une métropole. L’idée est de créer un regroupement avec un lieu de gouvernance unique et des compétences claires. On peut se poser la question du rythme, mais depuis 1964 date de la création des communautés urbaines, il ne s’est rien passé sur ce territoire (ce fut la seule communauté en France ayant refusé d’y adhérer à l’époque). Il est nécessaire aujourd’hui d’avancer en appliquant un certain nombre de principes :
– Conserver une proximité de l’élu avec ses habitants.
– Les maires doivent avoir un certain pouvoir face à l’administration de la métropole.
Au lieu de dire non à quelque chose qui va arriver et qui doit arriver, mieux vaut prendre en main les choses et aller au devant dans une démarche positive.
Le préfet s’est retrouvé seul pour mettre en place le projet de part l’opposition des petits élus qui n’ont rien compris au problème.
Même si la taxe d’habitation est faible dans la CPA, le foncier est élevé et c’est cela qui empêche les habitants de s’y installer.

Ecouter G. Pipien, durée 5′ 30

J.L C.
Ici les élus du mal à travailler ensemble, chaque fois que nous avons avancé, nous l’avons fait dans la contrainte.
Le gouvernement a au départ proposé six compétences pour cette métropole (transport, gestion des déchets, développement économique, recherche innovation, aménagements et grands équipements), mais en supprimant les intercommunalités, les élus ne veulent plus récupérer les compétences qui y étaient transférées et c’est la raison pour laquelle il a été créé des conseils de territoire qui géreront les compétences non stratégiques.
Sans fiscalité commune il sera difficile de faire des projets. Les élus de Marseille n’auront pas la majorité dans la future assemblée métropolitaine (40 % des voix).
L’absence de métropole se traduit par une perte de 52 millions d’euros par an de dotation de l’État.
Certains élus n’ont pas souhaité que cette métropole soit élue au suffrage universel.

Ecouter J.L. Chauvin, durée 5′ 30

Le projet proposé par les élus

R. C.
Le projet gouvernemental est trop précipité avec une mise en place prévue pour 2015. C’est un projet très complexe et ingérable avec une trentaine de compétences. Commençons plutôt par mettre en commun les transports et le développement économique, et là on pourra peut-être y arriver pour 2015.
Nous ne sommes pas d’accord pour les conseils de territoire qui alourdissent le système, pas d’accord non plus pour transférer l’urbanisme à la métropole, ni pour une fiscalité propre.
Le projet proposé par les élus : un établissement public sans fiscalité propre en charge des compétences stratégiques (transport, développement économique, l’environnement, les universités, le SCOT). Ce n’est pas à nous à aider Marseille, c’est à l’Etat, mais l’Etat n’a pas d’argent.

Ecouter R. Chardon, durée 8′ 20

Ce débat a tout d’abord permis de dégager un certains nombre de convergences entre les différents acteurs :

– Les intercommunalités actuelles ne sont plus la bonne échelle pour régler les problèmes qui se posent aujourd’hui à notre territoire (déplacement, emploi, logement, etc.). Il faut mettre en place une autre organisation.
– Marseille fait peur, mais c’est une ville en pleine mutation, qui est en train seulement aujourd’hui d’accéder à sa fonction de capitale régionale. Il faut donc travailler avec elle.

Des divergences importantes subsistent cependant au niveau des méthodes à mettre en œuvre pour y arriver.
– Pour les uns il faut mettre en place une métropole limitée aux six compétences de base (transport, gestion des déchets, développement économique, recherche innovation, aménagements et grands équipements) avec une fiscalité propre.
– Pour les élus, il faut prendre son temps, avancer plus doucement, en écartant pour l’instant toute forme de fiscalité propre.
Le projet de communauté urbaine est bloqué depuis 1964 (premières lois de décentralisation), doit-on attendre encore 50 ans ? D’un autre côté, peut-on faire le projet sans les élus ?

Et vous, qu’en pensez-vous ?

6 comments to La table ronde du 6 mai sur la métropole

  • Les deux notions, « métropole » ou « pôle métropolitain », relèvent de deux approches différentes. La « métropole » est une sorte de « communauté urbaine » tandis que le « pôle métropolitain » est un syndicat mixte intercommunal. La métropole est un outil d’intégration, tandis que le pôle métropolitain constitue un outil de coopération. La métropole oblige le transfert d’un certain nombre de compétences aujourd’hui dévolues, soit aux communes, soit aux Établissements Publics de Coopération Intercommunale (EPCI), comme par exemple la Communauté du Pays d’Aix, soit aux Conseils généraux, soit aux Conseils régionaux. Ce qui nous pose problème à nous, élus locaux, et en particulier les maires, ce sont les transferts de la fiscalité et du droit des sols. Comment expliquer à vos administrés qui vous ont élu(e)s au suffrage universel que le conseil municipal ne décidera plus de l’avenir de votre commune ? Nous ne pouvons nier qu’en matière de développement économique, écologique et éducatif, de promotion de l’innovation, d’aménagement de l’espace et de développement des infrastructures et des services de transport, les décisions prises doivent concerner la totalité d’un même territoire et cela est justement l’objet du pôle métropolitain. C’est donc dans les compétences que la différence est la plus sensible.

  • Si le but premier reste le même : « faire ensemble mieux et à moindre coût pour le contribuable, ce que chaque commune seule ne peut faire ou ferait moins bien et à un coût plus élevé », s’ajoute maintenant l’idée d’un « projet » commun aux communes membres de l’EPCI à fiscalité propre. Ce but supplémentaire induit une plus grande intégration des communes-membres à l’intérieur du cadre donné par l’EPCI, un renforcement de la cohésion et de la solidarité entre elles et des choix politiques importants pour l’avenir du territoire. On comprend que ces trois ambitions, pour louables qu’elles soient, fassent éclater le cadre de la simple mise en commun de moyens et celui de la stricte gestion ; elles contiennent en germe et justifient a priori un accroissement de la dépense publique.

  • P. Michaillle

    Je regrette de n’avoir pas été disponible pour cette table ronde très intéressante, mais mon voyage était programmé depuis très longtemps … Merci à Jacques Révy pour la préparation, l’animation et la rédaction du compte rendu détaillé de cette soirée importante à Venelles !
    Les arguments sont connus (voir mon article sur la journée du 21 décembre 2012), ils ont été exprimés et bien exposés par les interlocuteurs : attrait d’une métropole pouvant jouer un rôle significatif sur la scène mondiale d’un côté, réticences vis-à-vis de la ville, de son état économique et social, de la gestion de la ville avec les impôts que cela entraîne, de l’autre.
    Mais à l’opposé des autres métropoles qui se sont créées en France, Marseille n’attire que les Marseillais, mais pas vraiment les Provençaux, qui préfèrent se loger ailleurs, d’où ces inextricables déplacements journaliers !
    On nous rabâche que les transports iront mieux avec la Métropole, mais où est l’analyse des freins qui ont créé la situation actuelle ? On parle de diminuer le « mille-feuille » administratif, qui coûte cher aux contribuables que nous sommes : mais quels doublons va-t-on supprimer, avec le département et avec la région ? Et surtout, que devient le citoyen dans tout ce remue-ménage ? Comment sera-t-il représenté au Conseil de la Métropole : par des grands électeurs, comme au Conseil général, dont on dénonce l’impéritie pour justifier la Métropole ?
    Tant qu’il n’y aura pas de débat ni de réponse claire sur le sujet de la démocratie au sein de la Métropole, ne nous étonnons pas que les citoyens ne s’y intéressent pas – et répondent par prudence qu’ils n’en veulent pas !

  • Denis Guenneau

    Un compte rendu de qualité, autant sur la forme avec les séquences sonores des intervenants, que sur le fond de la problématique.

    Je vais le diffuser plus largement auprès de ceux qui travaillent déjà sur la future métropole, et qui pourront y trouver des enseignements sur les freins existants à la création de la métropole.

  • FOURNAT

    Il serait souhaitable d’organiser un référendum auprès des populations concernées quand il s’agit de modifier des structures existantes depuis très longtemps…Les méthodes gouvernementales actuelles sèment le trouble et la désunion dans la population.

    • AVEC

      Bien sûr se serait une solution, mais les populations actuellement sont peu informées sur le projet et peu intéressées. A Venelles les gens veulent surtout que rien ne change, conserver notre commune, sa tranquillité, son cadre de vie. Pourquoi s’allier à Marseille dans ces conditions ?
      Dans le même temps si l’on ne fait rien, nous continuerons d’avoir des problèmes de déplacements de logement, les entreprise ne créeront pas d’emplois, le chômage augmentera, il entrainera, un appauvrissement d’une partie de la population, avec une augmentation de la délinquance, de l’insécurité. Les gens se tourneront alors vers les extrêmes de gauche ou de droite qui arriveront sans doute au pouvoir en proposant des solutions qui aggraveront encore la situation. (Voir la position du FN sur ce sujet).
      Je ne souhaite pas pour ma part que notre territoire sombre dans un tel scénario, je regrette bien sûr la manière forte imposée par l’état, mais chez nous les réformes ne se font que par la contrainte.

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