Negawatt = négation des lois de la physique et de l’économie

Par P. Michaille, www.energethique.com ; – lire l’article en PDF.

Sans reprendre toutes les contrevérités du site Negawatt (le coût BNEF-2015 qui figure pour le nucléaire européen est 3 fois supérieur à celui calculé par la Cour des comptes pour la France ; le foisonnement censé remédier aux manques de vent obligerait de fait à des transports sur des milliers de kilomètres, compte tenu de la taille des anticyclones et des dépressions), les lois de la physique font qu’on n’est pas prêts de maîtriser le vent ni l’ensoleillement, et qu’il n’est pas possible de gérer un courant à partir d’un flux non maîtrisé, sans introduire entre les deux un stockage.

Pour ceux qui savent calculer (une règle de 3 suffit, pas besoin d’ordinateur), ils vérifieront que de tels stockages de masse ne sont tout simplement pas réalisables à l’échelle des pays européens les plus peuplés. Seuls des pays qui possèdent un relief montagneux et une faible population (comme la Norvège) peuvent intervenir en support des éoliennes (le Danemark est situé à quelque 100 km). En outre, la faible inertie des éoliennes (le photovoltaïque n’a pas d’inertie du tout) rend très difficile l’équilibre du réseau électrique, et pratiquement impossible un redémarrage après un claquage généralisé (black-out). Enfin, le facteur de charge des éoliennes en France est de 23% en 2015 (certes, meilleur qu’en Allemagne : 17%) ; pour produire 1 MW en continu, il faut donc investir 4 MW en moyenne, mais ça ne résout pas le manque de vent, ni l’excès quand exceptionnellement les éoliennes marchent toutes et qu’il faut évacuer une surproduction dont personne ne veut.
Il est un autre domaine qui ne devrait pas nous laisser indifférents, nous les consommateurs, les contribuables ou les chercheurs d’emploi : l’immense gaspillage au niveau européen, que la politique non maîtrisée vis-à-vis des renouvelables est en train de provoquer (Lire l’article de Jean-François RAUX dans les Echos.)
C’est facile à comprendre : d’un côté, l’électricité produite est payée à un tarif subventionné et fixé à l’avance, à des prix nettement supérieurs aux prix du marché (82 €/MWh pour les éoliennes terrestres, 220 €/MWh pour les éoliennes marines), quelle que soit la production, qu’on en ait besoin ou pas (obligation d’enlèvement). Même les Soviétiques n’y avaient pas pensé : produire de la mauvaise qualité – OUI, sauf pour l’armée et le spatial ; produire insuffisamment par rapport aux besoins des consommateurs – OUI, la pénurie était permanente ; mais vous obliger à acheter quand vous n’en avez pas envie – NON, quand même pas !
Le résultat, c’est que le prix du marché (dont l’Europe est le héraut) dégringole (30 €/MWh et moins, au lieu de 45), ce qui rend tout investissement non rentable : les entreprises vont-elles fermer et licencier des centaines de milliers d’employés ?
Nul doute qu’il va y avoir un bras de fer entre les producteurs allemands (E.ON, RWE, Vattenfall) et l’état fédéral : déjà E.ON a séparé ses activités entre celles qui sont subventionnées (et donc « rentables », comme la future centrale à bois de Gardanne dont la production sera achetée 100 €/MWh) et celles qui relèvent du marché et pourront faire faillite prochainement.
La politique européenne imposée par les Allemands s’est mal inspirée de la devise des jeux olympiques (citius, fortius, altius), en la transformant en « trop vite, trop haut, trop fort » : la catastrophe idéologique n’attendra pas cette fois 70 ans pour se produire, elle est déjà en cours au bout de 10 ans. Peter Altmaier, vice-chancelier et ministre fédéral de l’Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sécurité nucléaire, a tiré la sonnette d’alarme : « La sortie du nucléaire d’ici à 2022 et la transition vers les énergies renouvelables pourraient coûter à l’Allemagne mille milliards d’euros d’ici la fin des années 2030. C’est plus que le coût de la réunification. » (FAZ, 20fev13)
Au baromètre de la transparence de la fondation Prometheus, Negawatt obtient en 2015 le plus mauvais score : 3,5% ! CRIIRAD : 19 ; Greenpeace France : 49,5 ; Action Contre la Faim : 77,5 ; Sauvons le Climat : 78,5 ; France Nature Environnement : 88. Le choix des ONG est basé sur leur contribution à l’élaboration et/ou à la mise en œuvre de décisions publiques ; le champion est Care France (94%) http://www.fondation-prometheus.org/wsite/wp-content/uploads/Barometre_ONG_2015_2016.pdf
Négation de la réalité et opacité : ça ne vous rappelle pas Méphisto, dans Faust : « Je suis l’esprit qui toujours nie ! »

3 comments to Negawatt = négation des lois de la physique et de l’économie

  • Maurice

    Patrick,
    Toujours fanatique défenseur du tout nucléaire, ouvre un peu tes chakras…
    Un tel enthousiasme peut se comprendre de la part d’un ancien du CEA, mais à ce point de militantisme ?
    La documentation de EDF et consorts, avec conférences gratuites, ça gêne un peu…
    Amicalement,
    Maurice

  • Patrick MICHAILLE

    Oui bien sûr, il faut continuer à être sobres, efficaces, et peu polluants (2 Allemands polluent en CO2 autant que 3 Français, nous sommes donc largement en avance en Europe !). Mais ce n’est pas une raison pour nous laisser plumer par les marchands de vent ou de soleil ! J’en profite pour faire de la pub pour une conférence « Quelles énergies pour demain » qui se tiendra à Aix au Palais des Congrès le vendredi 18 mars de 14h à 17h : c’est gratuit, mais il faut s’inscrire (état d’urgence oblige) sur
    https://www.tickasso.com/e/colloquequellesenergiespourdemain27
    Grand débat en perspective !

  • Je ne partage pas le point de vue de Patrick. Certes, comme il le souligne le scénario négawatt présente sans doute des inexactitudes, mais il propose malgré tout une réflexion sur les moyens pour réduire notre consommation d’énergie. Ce scénario propose notamment d’améliorer l’efficacité énergétique, de réduire le gaspillage, et de développer les énergies renouvelables.
    Nous venons d’avoir en France la COP21, qui nous a alerté sur l’urgence à agir pour lutter contre le changement climatique, et je pense que l’on ne peut pas continuer à augmenter notre consommation d’énergie sous prétexte que l’énergie provenant du nucléaire n’est pas cher, ou quelle a un impact moindre sur le climat. Si on réfléchit de cette manière, nous avons aucune raison de changer nos habitudes et nos comportements.
    Je pense que l’urgence actuelle n’est pas de critiquer ou non le scénario négawatt, mais plutôt de réfléchir sur les solutions alternatives pour consommer moins d’énergie. Des solutions voient progressivement le jour dans le domaine de l’habitat, des déplacements, de la consommation, il reste encore à inventer un monde nouveau.

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