Un espion chez vous : le compteur LINKY

Lu et commenté par P. MICHAILLE
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Dominique RICHARD a publié dans le journal « Sud-Ouest » [news@courrier.sudouest.fr] du 4 août un article sur l’intrusivité du Linky sous-titré : « Le très controversé compteur électrique nouvelle génération est si précis qu’il permet de connaître toutes nos habitudes au foyer » et dont voici des extraits, avec mes propres ajouts [entre crochets] et commentaires (en notes à la fin).
Rappelons que le CIQ de Venelles a organisé une conférence-débat sur le sujet et qu’il est prévu d’installer le Linky à Venelles dès 2017.

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La montée en puissance(1) des énergies renouvelables, tributaires du vent et du soleil, et de la voiture électrique(2) appellent une meilleure régulation de la production et de la consommation.
Grâce à cet appareil qui relève automatiquement les quantités consommées et transmet les index à un système central, le pilotage [de l’équilibre production – consommation] sera plus efficace. Mais rien ne dit que la baisse (3) promise à des usagers mieux informés sera au rendez-vous. En consultant un site Web, ils pourront certes connaître au jour le jour l’évolution de leur consommation, mais aucune indication de prix n’apparaîtra.

Linky a plutôt tendance à communiquer dans un seul sens. Les informations dont il est porteur profitent avant tout au réseau qui distribue l’énergie grâce au déploiement de la technologie du courant porteur en ligne. Résumé par le sigle CPL, elle célèbre les noces d’Internet et du volt. Les données informatiques passent sur le réseau électrique, un signal de haute fréquence se superposant à celui délivré par les traditionnelles prises de courant.

Chaque compteur Linky échange avec un concentrateur équipé d’une puce et installé dans le poste de transformation Enedis (4) le plus proche. Via le réseau de téléphonie mobile, les données sont ensuite acheminées vers un centre de traitement.

Pris isolément, chaque renseignement apparaît d’une grande banalité : numéro de compteur, date et heure, puissance, énergie utilisée … Mais émises à flux continu et agrégées, ces données permettent de construire une courbe de charge. Donc de connaître l’évolution et les variations de la consommation de chaque abonné. Poussé jusqu’au bout de sa logique, le système a tout d’un indic : Nombre de personnes dans les locaux, heure du lever et du coucher, activités nocturnes, nature des équipements branchés sur le secteur, qualité des isolations thermiques… À l’extrême limite, il sera même possible de savoir si la télévision est allumée ou à quel moment quelqu’un prend une douche. Autant dire que les données collectées par Linky intéressent du monde…

Consentement obligatoire
En 2012, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a planté un premier garde-fou : le respect d’un laps de temps minimal de 10 minutes entre chaque mesure. Cela laisse malgré tout la possibilité d’avoir une vision assez fine des habitudes des occupants du logement, même si ces derniers ont en théorie tout pouvoir pour bâillonner l’espion.

Sur le papier, les données sont propriété de l’usager Enedis, qui ne peut les céder sans son accord. Mais rien ne garantit pour l’instant que la case du refus à cocher ne figurera pas en caractères minuscules au bas d’un document que personne ne prendra le temps d’examiner. Ou qu’un rabais ne sera pas consenti à celui qui signe !

À la lecture des courriers adressés aux abonnés par la filiale d’EDF, la Ligue des droits de l’homme a interpellé la CNIL, car ces courriers informent les intéressés du prochain changement de leur compteur – sans leur préciser qu’ils ont la liberté de s’opposer au transfert de leurs données !

Ce modus vivendi souffre d’ores et déjà de quelques exceptions du fait de l’adoption récente de la loi sur le renseignement. Celle-ci a élargi les pouvoirs de la police en matière de surveillance sans que le juge puisse exercer son contrôle. Avec Linky, policiers et agents de la Sécurité intérieure n’auront plus besoin de mobiliser des effectifs à n’en plus finir pour surveiller une habitation. Il leur suffira de se connecter au système de traitement d’Enedis pour savoir s’il y a du monde derrière la porte ! (5)
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(1) Il s’agit de la puissance installée (en MW) mais pas de l’énergie produite (kWh), qui reste dépendante de la météo (vent, ensoleillement). Les rendements moyens en France métropolitaine sont faibles (23% pour l’éolien, 15% pour le solaire).
(2) On craint que les recharges des voitures électriques se produisent toutes à la même heure, augmentant le pic de consommation du soir (quand il n’y a plus de soleil ni de vent !). Cela sera moins vrai quand il existera suffisamment de bornes de recharge (près des bureaux, écoles, centres commerciaux).
(3) Sous-entendu : du prix. On peut penser qu’avec des sources d’énergies fatales (incontrôlables) et intermittentes, le prix va varier dans la journée. Il y a d’autres paramètres de qualité en ce qui concerne l’électricité : la garantie d’approvisionnement, la stabilité de la fréquence. Les conditions de confort dans lesquelles nous vivons actuellement font oublier ces critères, très prégnants dans les pays plus pauvres.
(4) Nouveau nom d’ERDF (ENErgie-DIStribution)
(5) Cela m’évoque les films de guerre où les patriotes cachaient les résistants ou les juifs pourchassés…

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